Catégorie : Dans les médias

10 04 2014

Les présidents des commissions des affaires étrangères français, allemand et polonais à Kiev ce vendredi

Les présidents des commissions des Affaires étrangères français,  allemand et polonais, se rendront ensemble à Kiev les 11 et 12 avrilprochain. C’est la première fois que des parlementaires des pays composant le « Triangle de Weimar » se rendent ensemble en mission dans un pays tiers.

Par ce déplacement inédit,  Elisabeth Guigou, Présidente de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, Norbert Röttgen et Grzegorz Schetyna, ses homologues allemand et polonais, entendent ainsi témoigner leur solidarité et leurs encouragements au peuple ukrainien, et à leurs parlementaires.

Ces échanges seront l’occasion de rappeler l’attachement de la France et de l’Union européenne au succès des prochaines échéances électorales, qui doit ouvrir la voie aux réformes permettant le redressement économique et financier de l’Ukraine.

Les trois présidents veulent  aussi soutenir le processus de réforme constitutionnelle en cours, porté par le Parlement.

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Elisabeth Guigou: "Le référendum en Crimée est… par Europe1fr

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Ukraine: le rôle de la France peut être décisif

Tribune publiée sur le site du Huffington Post

Rencontre avec Timochenko

DR

A Kiev, les barricades recouvrent toujours Maïdan. Il faut s’imaginer un espace grand comme la place de la Concorde en état de siège et interdit à toute circulation automobile. Seuls quelques rares passages ont été aménagés pour les piétons. La boue a remplacé les pavés qui ont servi, avec de vieux pneus, des bidons et des palissades, à dresser les barricades. Des échafaudages de fortune exposent les photos des morts de Maïdan. Partout des bougies multicolores et des œillets, manifestement renouvelés tous les jours, honorent la mémoire des victimes. Au milieu de la place, sur une tribune: une télévision diffuse en direct les débats en cours au Parlement ukrainien et accueille des orateurs.

À l’évidence, il n’est pas question de faire place nette. Les manifestants et les activistes ont prévenu: ils se battront encore s’il le faut pour un Etat de droit, les valeurs européennes et la fin de la corruption. Ils resteront mobilisés et attentifs le temps qu’il faudra, c’est-à-dire jusqu’aux résultats de l’élection présidentielle programmée le 25 mai prochain.

Le calme est revenu dans le centre de la capitale ukrainienne. J’ai pu le constater la semaine dernière lors d’un déplacement de deux jours à Kiev. La fuite de Viktor Ianoukovitch, dont le régime corrompu cristallise toutes les oppositions, a marqué la fin des violences meurtrières. Conformément à l’accord du 21 février, la nouvelle majorité, rassemblant les partis d’opposition et de nombreux députés du Parti des Régions, a voté le retour à la Constitution parlementaire de 2004, fixé la date des élections au 25 mai prochain, et installé une Président et un Gouvernement de transition dirigé par Arseniy Iatseniouk.

Tous les regards sont désormais tournés vers la péninsule de Crimée, où le déploiement de troupes russes -en violation de la souveraineté ukrainienne et de la légalité internationale- et l’escalade des tensions font courir un danger réel à la paix européenne, le plus grave depuis la fin de la Guerre froide. L’agression militaire russe en Crimée est une violation flagrante du droit international, qui depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale protège l’inviolabilité et l’intangibilité des frontières. Si, après le référendum du 16 mars, le Kremlin officialise l’annexion de la Crimée, ce sera la première fois depuis 1945 qu’une région d’un Etat unitaire est, sans l’accord de ce dernier, rattachée à un autre Etat. Cette éventualité est redoutée par tous les Etats du monde confrontés aux tentations séparatistes, y compris par la Chine qui, après avoir apporté son soutien à la Russie lors de l’insurrection du Maïdan, marque, sur la Crimée, sa réprobation.

Les tensions sont vives aussi dans les villes des provinces orientales en majorité russophones, Donetsk et Karkhiv en particulier. Vladimir Poutine prétend vouloir « protéger les russophones » des visées hostiles d’un gouvernement « fasciste » et « illégitime », qui a abrogé la loi protégeant le statut de la langue russe. Il est vrai que ce fut une erreur, ce que reconnaissent volontiers les nouveaux dirigeants de Kiev. Le Président par intérim de la Rada n’a d’ailleurs pas signé cette loi qui n’est donc pas appliquée. Tous mes interlocuteurs à Kiev, à commencer par Ioulia Timochenko, m’ont dit craindre et refuser la division de leur pays, et être prêts à prendre les armes pour repousser une entrée de troupes russes dans les régions de l’Est. Pour la Crimée, qui a fait partie de la Russie jusqu’en 1954, où les soldats et les marins russes sont présents, seule Mme Timochenko a réclamé une force militaire d’interposition, les autres dirigeants privilégiant les pressions diplomatiques et politiques.

Dans ce contexte tendu, le comportement des autorités intérimaires à Kiev est exemplaire. La retenue et la responsabilité dont ils font preuve s’étendent d’ailleurs à l’ensemble des responsables politiques que j’ai rencontrés, y compris le nouveau chef groupe parlementaire du Parti des Régions Serhiy Tihipko qui, après avoir abandonné M. Ianoukovitch, a refusé de participer au gouvernement de transition et sera candidat aux prochaines élections présidentielles.

Farouchement attachés à l’intégrité territoriale de leur pays, tous sont conscients que le moindre incident servirait de prétexte à Vladimir Poutine pour déclencher l’assaut des bases militaires de Crimée et entériner la partition du pays. Jusqu’à présent, l’engrenage militaire n’a été évité que par le sang-froid des soldats ukrainiens, instruits par le gouvernement de Kiev de refuser tout affrontement. Les Ukrainiens ont tiré les leçons de la crise de 2008, au cours de laquelle les Géorgiens avaient fait l’erreur de déclencher les hostilités.

Face à l’épreuve de force imposée par Moscou, les Européens ont fait taire leurs divergences, et comme les Américains, ont fait preuve de fermeté et se sont déclarés résolus à protéger l’intégrité territoriale de l’Ukraine, à soutenir M. Iatseniouk et la nouvelle majorité pour que des élections libres puissent avoir lieu le 25 mai. Ils ont aussi décidé d’accorder à l’Ukraine une aide financière de 11 milliards d’euros à laquelle s’ajoutent le soutien -et la conditionnalité- du FMI ainsi que l’aide des Etats-Unis.

Pour faire accepter cela au Kremlin, le Conseil européen du 6 mars a décidé une riposte de sanctions graduées, dont la première étape -suspension des négociations sur les visas et sur un accord de coopération- est entrée en vigueur. Les suivantes le seront si la désescalade espérée ne se produit pas. Dans cette attente, le dialogue est maintenu avec Moscou, à différents niveaux, avec M. Poutine, ses ministres et son administration.

Les Européens doivent absolument maintenir leur fermeté et leur unité. Ce n’est pas si facile tant l’histoire, et la géographie, mais aussi les intérêts économiques influencent l’attitude des Etats. Vladimir Poutine n’hésitera pas à exploiter la moindre division entre les Etats de l’Union européenne. La force des Européens ne peut résider que dans leur Union, en lien avec les Etats-Unis.

Si l’escalade continue, et si après le gel des avoirs russes il fallait passer à la troisième étape, celle des sanctions économiques, des mesures de rétorsion seront prises par le Kremlin, qui mettront à rude épreuve les capacités de solidarité des Européens entre eux et des Américains envers les Européens.