Suite à mon déplacement à Tunis
Je viens de passer deux jours à Tunis où j’étais invitée par l’association « Esprit citoyen » créée après le 14 janvier par de jeunes universitaires, intellectuels, cadres d’entreprises, syndicats, pour soutenir la transition démocratique.
Durant ces deux jours, j’ai aussi rencontré les présidents des principaux partis politiques de gauche (Monsieur Ahmed Brahim, Premier secrétaire du mouvement Ettajdid; Monsieur Mustapha Ben Jaafar, membre fondateur du Mouvement des démocrates socialistes; Monsieur Nejib Chebbi ancien Secrétaire général du Parti Démocrate Progressiste (PDP)), ainsi que les présidents des trois principales commissions nationales, crées pour organiser la transition (Monsieur Yadh Ben Achour, Président de la Haute instance pour la réalisation des objectifs de la Révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique; Monsieur Abdelfattah Amor, Président de la Commission nationale d’investigation sur les affaires de corruption et de malversation; Monsieur Kamel Jendoubi, Président de l’Instance supérieure indépendante des élections).
Première impression : le pays fonctionne malgré des grèves ponctuelles ; aucune impression d’insécurité ; les plages sont bondées, les hôtels, hélas, à moitié vides. Les débats dans la presse sont intenses. La gentillesse des tunisiennes et tunisiens est toujours là.
Première conclusion : il faut absolument retourner passer des vacances en Tunisie. Les touristes sont accueillis à bras ouverts, il n’y a aucun risque et ,surtout, c’est la meilleure façon d’aider le peuple tunisien, si courageux, à réussir la transition démocratique et de contribuer à réduire le chômage qui a fait un bon dramatique.
Deuxième impression : le processus politique avance, malgré les embûches.
La Haute instance présidée par M. Ben Achour a établi une loi électorale, elle tente de faire accepter par les partis une loi sur le financement des partis politiques. Le parti Ennahdha (islamistes de gauche crédités de 20 à 30% des voix selon les sondages) y est opposé car il est riche de subsides rassemblés en Tunisie et à l’étranger. Les autres partis démocratiques, moins riches, y sont favorables.
La Commission nationale d’investigation sur les affaires de corruption et de malversation présidée par M. AMOR, réalise un travail considérable d’investigation sur la corruption et de mise en place de mesures de prévention. Elle a réussi, notamment à partir de dossiers saisis à la Présidence, à transférer plusieurs dossiers à la justice. Quelques condamnations ont été prononcées.
L’Instance supérieure indépendante des élections présidée par M. Jendoubi organise les élections du 23 octobre : établissement des listes électorales ; des règles à respecter ; installations des commissions locales de surveillance des élections : les difficultés sont immenses : aucun fichier d’électeurs digne de ce nom n’existait ; difficulté à recruter des cadres compétents et incontestés. Sa mission est cruciale pour éviter que la régularité des élections de l’Assemblée constituante ne soit mise en cause.
La situation économique et sociale est préoccupante : explosion du chômage, attentisme des investisseurs, chute du tourisme principal secteur d’activité et pourvoyeur d’emplois. Mais la récolte agricole a été bonne, la situation financière du pays est saine et les tunisiens ne veulent surtout pas revenir en arrière.
Toutes celles et ceux que j’ai vus m’ont dit : « c’est difficile, mais on avance ».
Les femmes sont très actives et font savoir haut et fort qu’elles n’accepteront pas qu’on revienne sur leur statut. Elles revendiquent la parité (que la loi électorale protège) et veulent que des femmes obtiennent plusieurs têtes de liste, condition pour qu’elles soient nombreuses dans l’Assemblée constituante, car compte tenu de l’éparpillement des partis (plus de 100), les têtes de listes ont, seules, une chance d’être élues.
La crainte majeure : que le parti islamiste ne soit trop fort, grâce à ses moyens financiers, à ses pratiques clientélistes, à son influence sur les Imams et à son implantation. L’opinion la plus générale est qu’il faut intégrer le parti Ennahdha dans le jeu démocratique. Certains pensent que son score ne peut dépasser 20%, car ce parti n’a pas été à l’origine de la révolution et que jamais celle-ci ne s’est faite sur les mots d’ordre religieux. Mais d’autres s’inquiètent de son influence grandissante, que le ramadan (en août) pourrait encore renforcer.
Jeudi, une marche pour la liberté et contre l’intégrisme à laquelle participaient les principaux partis progressistes et de nombreuses associations, a rassemblé beaucoup de monde à Tunis.
Plus que jamais nous devons tout faire pour aider la Tunisie à réussir sa transition démocratique.

