La course à l’extrême-droite de Monsieur Sarkozy prend une tournure de plus en plus inquiétante. Suspendre l’application des accords de Schengen, c’est le rétablissement des frontières et la fin de la libre circulation des personnes en Europe. Rien de moins que la fin d’un droit fondamental garanti aux citoyens de l’Union européenne depuis plus de vingt ans !
Il est bien sûr indispensable de prendre des mesures face à l’afflux soudain de population extra-communautaire, mais la réponse ne peut se trouver dans le chacun pour soi. Un pays de l’Union ne peut s’affranchir des règles communautaires surtout lorsqu’elles font partie du Traité de l’Union européenne. Une décision unilatérale de la France et de l’Italie serait une menace pour l’Union européenne et un désastreux signal envoyé au reste du monde.
Ce serait aussi courir le risque d’ouvrir une boite de pandore que rien ne pourrait refermer. Car après la fermeture des frontières, tel ou tel pays de l’Union pourrait demander la suspension de la citoyenneté européenne, de la Charte européenne des droits fondamentaux, voire de l’Euro ! En suivant messieurs Sarkozy et Berlusconi, l’Union européenne s’expose à un démantèlement de ses politiques communes et des acquis qu’elle a porté.
Et quelle honte pour notre pays de voir que notre seule réaction face à cet afflux de migrants fuyant les désordres inévitables consécutifs aux transitions démocratiques en cours dans les pays arabes est de nous refermer sur nous-même ! C’est une régression inacceptable et d’ailleurs préjudiciable aux intérêts de notre pays car la France a des devoirs et des intérêts vis-à-vis de ces pays.
Il eut été beaucoup plus avisé de demander à l’Union européenne de répartir les quelques 25 000 migrants tunisiens dans la plupart des 27 états membres de l’union. Et songeons que nous nous fermons à 25 000 tunisiens, alors que dans le même temps un petit pays comme la Tunisie réussit à accueillir 250 000 réfugiés libyens !
La solution réside dans une amélioration de notre coopération avec ces pays pour les aider dans leur développement économique, politique et social. Ce sont l’emploi, l’éducation, la santé et les libertés publiques qui fixeront les populations dans ces pays. C’est pourquoi nous devons leur apporter tout notre soutien dans ces domaines. La France et l’Union européenne doivent envoyer des signaux positifs, se montrer comme des partenaires et non comme des adversaires.
Le printemps arabe est un formidable espoir qui doit aussi nous appeler au renforcement d’une communauté euro-méditerranéenne. Ce que nous avons fait avec les pays d’Europe centrale et orientale dans les années 90, nous devons le faire aujourd’hui avec le sud de la Méditerranée, sans perspective d’adhésion, mais avec de nouveaux instruments adaptés aux besoins de ces pays, en évitant tout paternalisme. Nouvelle politique de voisinage, nouvelles structures, nouveaux programmes… tout doit être mis sur la table pour que nos relations avec nos voisins du sud de la Méditerranée soient vécues non comme une menace mais comme une force dans la mondialisation. Car une communauté euro-méditerranéenne, puis euro-africaine, pourra peser dans le monde d’aujourd’hui et de demain.
Mais ce nouveau défi, ce n’est pas monsieur Sarkozy qui le relèvera. Ce repli nationaliste et xénophobe qu’il propage au côté de monsieur Berlusconi est catastrophique pour l’Union européenne. Ce sera aux socialistes, lorsqu’ils seront à nouveau aux responsabilités en 2012, de porter à nouveau cet idéal européen, euro-méditerranéen et euro-africain.