Devant certaines incompréhensions suscitées par mon soutien à Stéphane Hessel et mon interview accordée à Mediapart, je veux redire très clairement à tous, ma position sur la situation en Israël et en Palestine.
Comme vous le savez, je suis très attachée à la légitimité de l’Etat d’Israël. La question de sa sécurité dans la région est primordiale. J’ai toujours considéré que la lutte contre toute forme de racisme ou d’antisémitisme devrait être une priorité. Je crois à la force de notre communauté nationale au sein de la République pour y parvenir.
Je me suis toujours élevée contre les propos ou les actes antisémites, notamment en Seine-Saint-Denis. Lorsque j’ai pris les fonctions de Garde des Sceaux, l’une des premières circulaires de politique pénale que j’ai adressée aux procureurs généraux concernait la lutte contre le racisme et l’antisémitisme.
Je soutiens toutes les actions menées dans mon département de la Seine-Saint-Denis pour sensibiliser les jeunes à ces problèmes et, notamment, les initiatives prises par les enseignants du lycée professionnel Théodore Monod à Noisy-le-Sec, qui, chaque année depuis 7 ans, conduisent les élèves à Auschwitz pour leur montrer l’horreur de la Shoah.
Je souhaite ardemment la fin du terrible conflit Israélo-Palestinien sur la base des résolutions des Nations Unies. La poursuite de la colonisation dans les Territoires palestiniens me choque profondément. Elle fait obstacle à la reprise des négociations de paix. Elle exacerbe les tensions au détriment de l’Autorité palestinienne et au profit du seul Hamas.
Stéphane Hessel a appelé au boycott des produits israéliens provenant des territoires occupés. Je n’ai, pour ma part, signé, aucun appel au boycott. Je condamne par ailleurs, fermement, toute action directe de destruction par la force de produits israéliens ou toute action visant à empêcher les personnes de confession juive d’acheter des produits israéliens.
En revanche, j’ai accepté de signer l’appel (que je reproduis ci-dessous), qui demande que cessent les poursuites judiciaires contre Stéphane Hessel et plusieurs personnes accusés de « provocation publique à la discrimination » et ceci à la demande et sur instruction de Mme Alliot Marie, alors Garde des Sceaux.
Pour toutes ces raisons, je ne puis accepter que mon profond respect pour le peuple israélien soit remis en cause, et que mon soutien à Stéphane Hessel soit ainsi détourné. L’appel qu’il a lancé, et que j’ai choisi de soutenir, demande que cessent les poursuites judiciaires contre les personnes qui avaient appelé au boycott des produits fabriqués dans les territoires occupés. Pour moi, comme pour les 13 000 personnes qui ont rejoint l’appel de Stéphane Hessel, cette initiative est une position politique qui doit se régler dans le débat public, et non devant les tribunaux.
Appel du Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens : Solidarité avec Stéphane Hessel, Alima Boumedienne-Thierry et toutes les victimes de la répression
Bordeaux, Mulhouse, Perpignan, Pontoise… : en ce mois d’octobre, des hommes et des femmes sont poursuivis pour « provocation publique à la discrimination » – y compris une sénatrice de la République, Alima Boumediene-Thiery. Ailleurs, d’autres sont convoqués par les préfectures et menacés de procès du même type. Un ancien commissaire de police prétend même poursuivre… Stéphane Hessel, grand résistant, co-rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et ambassadeur de France !Tous risqueraient jusqu’à 45 000 euros d’amende et trois ans de prison suivant la qualification des poursuites … Quel crime ont donc commis ces citoyens, connus et inconnus, pour mériter une accusation aussi infamante et encourir des peines aussi lourdes ? S’être dressés contre l’occupation et la colonisation de la Palestine par Israël, et notamment contre les « crimes de guerre » voire « contre l’Humanité » que le rapport Goldstone accuse son armée – et, dans une proportion nettement moindre, des groupes armés palestiniens – d’avoir perpétrés pendant la guerre de 2008-2009 contre la bande de Gaza. S’être révoltés contre l’impunité dont jouit un État qui viole pourtant ouvertement le droit international et les résolutions des Nations unies. Et avoir décidé de prendre leurs responsabilités en appelant eux-mêmes au boycott, au désinvestissement et aux sanctions contre cette politique condamnée par la grande majorité des opinions française, européenne et mondiale.
Pour présenter, contre toute évidence, cette action citoyenne comme raciste, il aura fallu que la ministre de la Justice s’abaisse à inventer, en février 2010, un « boycott des produits casher » qu’aucun dirigeant, aucun groupe, aucun militant du mouvement de solidarité pour une paix juste et durable au Proche-Orient n’a jamais prôné. Puis qu’elle exige des Parquets qu’ils poursuivent les militant-e-s pour « provocation publique à la discrimination ». Et celle qui diffame et menace ainsi des innocents appartient à un gouvernement qui, toute honte bue, non seulement stigmatise une communauté entière en raison de son origine ethnique, mais expulse illégalement de la « patrie des Droits de l’homme », sur cette base, des milliers de ressortissants d’Etats membres de l’Union européenne.
C’est pourquoi nous disons à Michèle Alliot-Marie : « Pas ça et pas vous ! ». Certains d’entre nous appellent au boycott de tous les produits israéliens ; d’autres « ciblent » les seuls produits des colonies israéliennes ; d’autres encore choisissent des formes d’action différentes. Mais nous sommes tous unis pour refuser catégoriquement que les militant-e-s de la campagne internationale Boycott-Désinvestissement-Sanctions (BDS) soient accusés et jugés pour « provocation publique à la discrimination » alors qu’au contraire ils combattent contre toute forme de discrimination, pour le droit de tous les peuples à l’autodétermination, pour l’application à tous les États du droit international et des sanctions prévues lorsqu’ils le bafouent. Tous ensemble, nous exigeons, à la fois au nom du droit international et des libertés : le retrait immédiat des directives envoyées par la ministre de la Justice et son administration aux Parquets et la relaxe immédiate de ces innocents. Honneur à celles et ceux qui font leur le combat pour la justice et la paix que les autorités françaises ont trahi.